Vlaad
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Localisation: La forêt - La montagne
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Posté le:
10 Avr 2008 à 18:20 Sujet du message: Vlaad - VAMPIRE |
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Nom : Brehanovsky (mais il a préféré l'oublier)
Prénom : Vladimir, dit Vlaad
Race : vampire malgré lui
Sexe : homme
Age : 20 ans en apparence, environ 500 en années humaines
Taille : 1m90
Aspect général : Vlaad est un jeune homme de haute taille et de large stature. Il porte un long manteau de cuir noir, élimé par le temps. Il a les cheveux roux noués en catogan sur sa nuque. Ses yeux verts ont des reflets métalliques.
"Clan" : neutre, car il varie au gré de ses alliances. Pour le moment, Vlaad n'a pas pris de parti, si ce n'est que ses propres intérêts.
Le monde d’où je viens ressemble à n’importe quel autre. Il abrite trois races différentes : les Hommes, les elfes et les sorcières. Depuis des temps immémoriaux, des traités ont été passés : chacune des races a son territoire bien défini, et il ne viendrait à personne l’idée de guerroyer avec l’un ou l’autre. La paix régnait donc dans mon monde. Pour le moment…
Les humains étaient divisés en deux castes : les Innombrables, c’est-à-dire des humains tout à fait normaux, et les Seigneurs. Cette deuxième caste ressemblait aux autres, si ce n’est qu’elle n’était composée que de quelques familles qui dirigeaient le monde humain. Chacune de ces familles possédait un pouvoir particulier qui se transmettait par le sang. La famille des Bréhanovsky – ma famille – était particulièrement crainte et respectée car elle pouvait sonder et dominer les esprits.
J’étais le troisième fils d’une fratrie de quatre enfants. On me nomma Vladimir. Très tôt, on m’apprit à me servir de ce pouvoir étrange qui était celui de lire les pensées et de soumettre n’importe quel être vivant à ma volonté. J’y avais un don particulier, et mes parents étaient fiers de moi.
Cela ne dura pas.
Depuis que j’étais tout petit, ma nourrice avait remarqué un phénomène étrange chez moi : une faculté à créer des flammèches lorsque j’étais très en colère. Elle n’en parla pas à mes parents, mais ils le découvrirent lors de mon neuvième anniversaire : j’avais passé une main à travers la flamme des bougies pour m’amuser ; une flamme s’était allumée dans ma paume et je la regardais danser en riant. Je ne compris pas l’air horrifié de mes parents. A partir de ce jour, ils m’ont formellement interdit d’utiliser ce don étrange. J’ai obéi, au moins en partie : mes amis étaient toujours épatés lorsque je laissait des flammes danser sur mes mains… Mais mes parents me punissaient sévèrement lorsqu’ils me voyaient faire : créer le feu était l’attribut de la famille de Seigneurs ennemie de la nôtre. Ils ignoraient comment j’avais pu avoir ce don, et commencèrent à m’écarter dès qu’ils me virent le pratiquer. Petit à petit, j’avais l’impression de ne plus être leur fils. Mes propres frères m’écartèrent de leurs jeux. Je devenais une espèce d’exclu. Je ne comprenais pas pourquoi. Pour moi, ce don était un jeu amusant, sans conséquences. Je trouvais cela injuste. Doucement, doucement, le temps transforma cette injustice en haine…
J’avais 15 ans lorsque tout bascula.
Les Terres Emergées étaient en proie à une guerre violente. Les Magyars attaquaient le Royaume. Ma famille était proche du Roy, mes frères aînés partirent s’enrôler. Je désirais partir, me battre à mon tour, montrer ma valeur, qui semblait échapper aux yeux de mes parents. Mais j’étais trop jeune. J’eus pourtant l’occasion de me battre malgré moi.
Notre domaine était situé à la frontière. C’était un parfait poste avancé pour les troupes ennemies. Un matin comme les autres, nous vîmes en nous réveillant une armée qui encerclait notre château. Nous ne pouvions pas fuir. Sûrs d’eux, les assaillants n’étaient qu’une cinquantaine, mais nous n’étions que trois hommes ! Les troupes lancèrent l’assaut, et bientôt la porte du château vola en éclats. Les soldats pénétrèrent dans notre domaine, bien décidés à nous tuer. Mon père est parti au-devant d’eux ; c’était un bon bretteur, il maintenant facilement quatre hommes à distance. Mais les ennemis se répandaient comme la maladie dans le château. Caché derrière une tenture de la salle à manger, je ne voyais qu’eux qui pillaient ma maison ! Je sentais la rage m’envahir, et une puissance étrange monta en moi. Je n’eus pas le temps de me demander quelle en était la nature : face à moi, un homme se transforma en véritable torche humaine ! Tout me revint en mémoire : mon don à faire naître les flammes, le mépris de mes parents. Maintenant, je pouvais leur prouver ma valeur, je pouvais chasser ces gueux de mon château ! J’ai rassemblé mes forces, j’ai quitté ma cachette. Il me suffisait d’un peu de concentration : un homme se tordait alors sous les flammes, ou alors le feu naissait dans mes paumes, et je le dirigeais où je le souhaitais. Bientôt, la salle à manger, puis quelques autres pièces furent débarrassées de leurs ennemis : il ne restait que leurs cadavres fumants. Je sentais une joie sauvage me gagner en les voyant brûler, en les sentant tomber en grésillant et hurlant…
Je continuais mon massacre. Les corps en flamme, les hurlements terrifiés, les injures, les regards emplis de peur ; tout cela agissait sur moi comme une drogue. Enfin, à mes propres yeux, je prenais une toute autre valeur ! Enfin, ils mourraient, et je revenais à la vie !
Je suis bientôt arrivé dans le salon. Je me suis caché derrière une porte. Mon père était là, une rapière et un couteau à la main, se battant avec rage. Je sentais la présence de ma mère et de mon jeune frère quelque part dans la pièce. Sans doute dissimulés eux aussi. Ils participaient pourtant à leur manière au combat : parfois, je voyais un guerrier se retourner contre son camp, tuer deux ou trois hommes avant d'être lui-même abattu : ma mère avait pris le contrôle de son esprit. J'aurais pu en faire autant, mais je savais qu'alors, mon père s'épuiserait avant la fin de la lutte. Et puis, autant faire usage de mon pouvoir ! J'ai déchaîné les flammes. Elles coulaient de moi comme une rivière impétueuse, et ravageait tout. En une demi-heure, il ne resta plus que nous dans la pièce : Père, Mère, mon frère et moi. Les derniers guerriers se consumaient. Mon père a rangé ses armes ensangantées ; ma mère a commencé à panser ses plaies. Droit debout au milieu de la pièce, j'attendais des félicitations, ou au moins des remerciements. Je ne reçus en échange qu'un silence consterné et des regards noirs. Ma fierté se mua aussitôt en tristesse et en colère.
- Je croyais t'avoir dit de ne jamais utiliser ce pouvoir !
La remarque de mon père me cingla comme un fouet. J'en vacillai. Je les avais sauvés, et c'était ainsi qu'on me remerciait ! Des larmes de rage piquèrent mes yeux. Je voulus me justifier, mais un bruit de galop nous attira sur la terrasse. Un contingent armé arrivait : les troupes du Roy. La bannière rouge flottant en tête indiquait que le Roy lui-même était là. Aussitôt, on me laissa. Les domestiques qui n'avaient pas fui entreprirent de remettre le château dans un état correct pour recevoir le maître du Royaume. On m'ordonna de rejoindre ma chambre et de n'en sortir sous aucun prétexte. D'ailleurs, on m'y enferma. Là, je pus laisser libre cours à ma fureur, pendant que, dans l'aile voisine, mes parents contaient ce qui s'était passé.
Au bout de longues heures, un domestique vint me chercher. On m'amena dans la salle à manger. A l'extrémité de la table, le Roy trônait comme en son palais. Sa garde personnelle l'entourait, ainsi que son Premier Ministre. Mes parents et mon petit frère étaient assis sur le côté. Sous le regard noir inquisiteur du Roy, je baissai un peu la tête. J'avais l'impression d'être entré dans un tribunal. Et d'ailleurs, je n'avais pas tort. Mon sang se figea dans mes veines quand le vénérable souverain dit :
- Vladimir Brehanovsky, vos parents ici présents m'ont raconté ce qui s'est passé aujourd'hui. Vous avez violé l'éthique et les premières lois du Royaume. Prononcez le serment d'usage.
Avaler un glaçon ne m'aurait même pas fait le même effet. Un procès. Mon procès.
- Je jure de dire la vérité, rien que la vérité, toute la vérité, m'entendis-je prononcer d'une voix rauque.
- Vous savez qu'une famille de Seigneurs a un don particulier, et elle n'a le droit d'exercer que ce propre don. Utiliser le don d'une autre famille est un crime. Les Brehanovsky ont le pouvoir de pénétrer et diriger les esprits, êtes-vous d'accord ?
- Oui, seigneur.
- Vos parents assurent que vous avez fait usage d'un don de pyrokinésie, attribut de la famille Tisbeck. Montrez-le.
Je redressai la tête, croisai le regard glacial de mes parents. Ainsi donc, ils livraient leur propre fils à la justice ! Des insultes me montaient aux lèvres, que je refoulai avec peine. Je regardai le Roy bien en face. Je ne rentrerais pas dans leur jeu méprisable. J'ouvris une main. Un minuscule effort. Une flamme apparut. Il me suffit d'un geste vague du poignet pour que les bougies des deux candélabres posés sur la cheminée s'allument. Je refermai la main ; la flamme disparut aussitôt. L'horreur se peignit alors sur tous les visages. Mes parents avaient sans doute espéré un retour à la raison de ma part. Ils se trompaient. Les fous, c'était eux.
Le Roy toussota.
- Vous avez enfreint les lois les plus élémentaires, Vladimir. La sentence est la mort par l'inverse du sort fautif, donc la noyade. Mais vous n'avez que 15 ans. Je ferai preuve de clémence. Vous serez exilé, je laisse libre à vos parents de choisir où.
L'exil. Telle était mon injuste châtiment. Je n'avais rien fait de mal. Mais je ne rentrais pas dans le rang. Mes parents ont décidé de m'envoyer aux confins des terres connues, dans les Territoires du Nord. Ce choix n'était pas anodin. Non seulement le sol y était gelé huit mois sur douze, mais en plus, vivait là-bas un oncle que je n'avais jamais vu. Cet oncle s'était attiré l'horreur, la crainte et le mépris de ma famille et du monde entier. Comme je venais de le faire. Il était donc naturel qu'on m'envoie chez lui.
Dans le bateau qui m'emenait au plus près des Territoires du Nord, j'oubliai avec une joie féroce mon ancienne vie. J'imaginais les visages que pouvait avoir mon oncle banni. Je me demandai si j'allais le haïr lui aussi, ou l'aimer parce que nous nous ressemblions peut-être. Je réalisai alors que le seul sentiment qui me gagnait était la colère et la frustration. Peu m'importait où j'allais, chez cet oncle ou ailleurs. Je voulais briser les chaînes de mon passé.
En réalité, il aurait mieux valu que je ne croise jamais la route de mon oncle. Ce qui suivit fut bien pire que tout ce que j'ai conté.
Les soldats chargés de me conduire jusque chez mon oncle me laissèrent en réalité à l'orée de la forêt entourant sa demeure. Le pays était déjà bien sinistre et presque vide de tout habitant ; mais plus que le permafrost, c'était la simple présence de mon oncle qui terrifiait. On le surnommait le Prince Ténèbres. Pour un banni, il jouissait d'une réputation bien particulière !
Au bout de trois heures de marche, un maigre bagage à l'épaule, je frappai à la porte du château de pierres sombres. Malgré le mépris que j'avais petit à petit gagné, je ne pouvais m'empêcher de me demander ce que je trouverais ici. Une vieille femme m'ouvrit sans un mot. Elle me détailla avec une insistance gênante, de mes cheveux roux à mes godillots ferrés.
- Brehanovsky le jeune banni ? Je suis la seule et unique servante de votre oncle, Ivan.
Elle s'écarta, me conduit dans le château. L'endroit était sinistre à souhait : l'éclairage n'était que de bougies noires ; aux murs, des hures douteuses et des tapisseries montrant des scènes de tueries. Des armes décoraient les cheminées ; des pentacles et des têtes de bouc ornaient quelque pièce sombre. Tout ce qui était interdit dans le Royaume semblait réuni dans la demeure.
Finalement, la servante me laissa dans une petite chambre au sommet d'une tour. Elle n'avait rien de confortable : on aurait plutôt dit une cellule : un lit sommaire, et une table. Rien d'autre. Par la fenêtre, j'apercevais le pays désolé.
Le soir était tombé depuis un bout de temps quand je me rendis dans la salle à manger. Et fis connaissance de mon oncle Ivan. L'homme était un colosse de près de 1m90. Ses cheveux, comme sa tenue slave étaient noirs. Son visage aux traits anguleux était perpétuellement fendu d'un sourire cynique et mauvais. Ses yeux bleus avaient quelque chose de vaguement dérangeant.
- Ha, voilà la seconde forte tête Brehanovsky ! C'est donc toi, mon neveu ? Un gamin, un morveux ?! Ha ! Un petit incapable, encore !
Mon oncle me lança un regard méprisant et railleur. Je pris bien soin de ne pas répliquer. La fureur bouillait dans mes veines. Il allait voir, cet oncle inconnu ! Les flammes jaillirent, se ruant sur ce soi-disant Prince Ténèbres. L'homme rit ; le feu forma simplement un cercle autour de lui. Il agita la main ; je fus projeté à travers la pièce comme s'il m'avait frappé avec une force surhumaine. J'en eus le souffle coupé. Je rassemblai mes forces et lançai de nouveau les flammes, de toute ma volonté. Mon oncla vacilla cette fois. Lorsque les flammes s'effacèrent autour de lui, il sourit.
- Tu as du potentiel, mon garçon. Crois-moi, tu ne pouvais rêver d'un meilleur lieu d'exil ! Tu vas souffrir, mais je ferai de toi un vrai Seigneur ! Un des plus puissants magiciens ! Tu as la parole du Prince Ténèbres !
Il éclata d'un rire glacial. Je me relevai avec peine et m'assis à table, gagné par la joie. Mon oncle me comprenait.
Je passai deux ans chez mon oncle. Je me levais tous les jours à l'aube et je travaillais comme un domestique : je coupais le bois, je récurais les stalles des écuries... L'après-midi, je devais étudier les langues, les sciences. Et le soir, après le dîner, mon oncle me donnait des leçons de magie. Il m'apprenait à développer mes dons et m'en inculqua d'autres. C'était extrêmement difficile, surtout après une journée de dur labeur. Bien souvent, je manquais de m'effondrer de fatigue. Ivan me battait alors, je devais me relever et continuer mes exercices jusqu'à ce que je réussisse. Alors seulement, j'avais le droit de me coucher. Le Prince Ténèbres ne m'épargnait pas. Sans cesse, il me rajoutait du travail, et gare à moi si je ne réussissais pas ! Il m'a forgé le caractère, attisa ma haine envers ma famille. Je ne sais pas si je l'ai aimé, mais je m'étais attaché à lui. Il était le maître incontesté, et moi un misérable élève. Il me méprisait. Pourtant, avec le temps, je sus qu'il avait quand même de la considération pour moi. J'étais doué dans tous les domaines de la magie : divination, hypnose, pyrokinésie, invocations... Ensembles, nous faisions des choses de plus en plus effrayantes...et excitantes : nous invoquions des démons au prix de sacrifices de boucs et d'autres créatures plus humaines. Je les soummettais, au péril de ma propre vie, et mon oncle me regardait faire. Nous les lancions sur le Royaume. Nous envoûtions des objets, des végétaux, pour les réduire en esclavage. Au bout de deux ans, quand vint mon dix-septième anniversaire, j'étais devenu un mage puissant. Mais j'avais du respect et de l'admiration pour mon oncle. Il devait être fier de moi.
Mais lorsque vint le jour de mon anniversaire, tout changea. Le nom Prince Ténèbres prit sa vraie valeur. Je connus la véritable nature de mon oncle Ivan. Il avait attendu deux ans pour la dévoiler. Il avait attendu que je sois un brillant magicien. Je n'avais pas renié mes valeurs de Seigneur. Et lorsque je découvris la vérité, j'aurais mille fois préféré être condamné à mort deux ans plus tôt.
Le jour de mon dix-septième anniversaire, à la nuit tombée, je pris la direction de la salle où mon oncle me faisait faire des sortilèges, comme d'habitude. Je le trouvai assis à une table, vêtu de noir de pieds en cap. Seule une bougie lançait des ombres dansantes sur son visage anguleux ; son sourire cynique sembla s'agrandir lorsqu'il me vit entrer. Son regard avait décidément quelque chose de dérangeant.
- Viens là, Vladimir mon garçon !
Il se leva. Je me tint face à lui sans bouger. Je faisais sa taille désormais. Il posa ses mains glacées sur mes joues.
- Je t'ai appris tout ce que je sais, Vlaad. Tu as du talent, et tu es digne d'être l'élève du Prince Ténèbres ! Tu as fini ton apprentissage, mon garçon. Grâce à moi, tu seras le mage le plus craint du monde connu ! Je vais te donner la consécration de ton travail ! Le veux-tu ?
Ivan éclata d'un grand rire. Mon coeur battait à tout rompre. Qu'allait-il m'offrir ? Je pourrais enfin gagner ma vraie valeur auprès de lui, lui à qui je devais tant de choses ! La puissance de mes pouvoirs m'avait étourdi ; je voulais régner, dominer !
- Oui mon oncle, je le veux ! murmurai-je.
- Parfait ! Ferme les yeux mon garçon !
J'obéis. Sot que j'étais ! Une douleur fulgurante me traversa la gorge. Le cri que je voulus pousser mourut sur mes lèvres. Je me débattis, agrippai le manteau de mon oncle, mais mes forces m'abandonnaient. Lorsqu'il me lâcha, je tombai sur le sol, épuisé, presque mort. J'eus la force de lever les yeux. Le spectacle était écoeurant. Le sang - mon sang - avait barbouillé le visage de Ivan ; il sourit encore et je vis ses crocs dégoulinants de sang saillir. Voilà pourquoi il s'appelait Prince Ténèbres, pourquoi je ne le voyais qu'à la nuit tombée ! Voilà pourquoi je trouvais parfois des cadavres exsangues dans la forêt, ou que je voyais une plaie au poignet de la servante ! C'était un vampire ! Quand je compris, quand je sentis qu'il m'avait vidé de mon sang, la colère me gagna, mais je ne pouvais plus rien faire. Pour tous, les vampires comme les loups-garous étaient des plaies, de la vermine que nous chassions. Rapporter leur tête valait une prime rondelette. Nous n'avions que haine et mépris pour ces créatures qui ne ressemblaient plus aux elfes, au sorcières ou aux humains. Et j'étais devenu l'un d'entre eux !
- Voilà mon cadeau, Vlaad ! dit mon oncle en riant à gorge déployée. Je t'offre la vie et la jeunesse éternelle !
Tout tournait autour de moi. J'allais m'évanouir. Et mourir pour ma seconde et écoeurante naissance. Au ton de mon oncle, je savais qu'il en avait fait exprès. Qu'il voulait faire du banni que j'étais un monstre que l'on chassait.
- Je vous maudit, m'entendis-je gromeler.
- Pas si vite, mon garçon ! ricana mon oncle.
Il me prit par le col et me présenta son poignet entaillé. Il voulait faire de moi son frère de sang. De rage, je le mordis, de toutes les forces qui me restaient, en prenant soin de ne pas avaler son sang. J'entendis son rire. Et plus rien.
Quand j'ouvris les yeux, tout était sombre autour de moi. Mon cou était douloureux. Tout me revint à la mémoire, et la haine me fit asseoir. Une faim, telle que je n'en avais jamais connu, m'assaillit, et je faillis retomber.
- Calme-toi, Vlaad. Tu viens juste de renaître ! Il te faut du sang !
Mon oncle, ce traître, était là ! Dans la pénombre, où je voyais désormais extrêmement bien, il souriait, découvrant ses crocs. Il me tendit un verre plein de liquide rouge.
- Du sang de cerf. C'est un bon début !
- Démon !
De rage, je balayai le verre, qui explosa sur le sol. La faim me rendait plus fou furieux encore.
- Tu m'as trompé ! Par ta faute, je suis maudit !
- Calme-toi ! répéta Ivan en riant.
Je fis jaillir le feu, un torrent de flammes comme je n'en avais jamais fait, et je l'accompagnai de sorts de destruction. Mon oncle se recula sous la puissance de mes sortilèges. Je les lançai sans discontinuer, fou. Les flammes entourèrent Ivan, le dérobant à ma vue.
- Ha, ha, pauvre fou que tu es ! Jamais tu ne pourras me battre ! Je suis plus puissant que tu ne le crois ! Reste donc mon élève plutôt que de te rebeller ! Ou tu le regretteras !
- JAMAIS !
Epuisé, je finis par m'effondrer de nouveau. Quand les flammes disparurent, mon oncle avait disparu. Des larmes de rage coulèrent sur mes joues. Et j'avais faim ! Un pas me fit me retourner. La servante entra prudemment.
- Maître ? appela-t-elle.
Je bondis sur mes pieds.
- Vous le saviez, n'est-ce pas ?
Elle baissa le regard. La trahison avait fait disparaître de moi tout sentiment, et le vampire prit le pas sur ma nature humaine. Je lui arrachai la gorge et but son sang. Puis je rassemblai mes affaires et partit hors du château. Je n'avais soif que de vengeance. Peu m'importait ma famille. Peu m'importait mon état. La haine et la vengeance, désormais, conduirait mes pas. Par sa faute, j'étais maudit à jamais.
Je quittais donc le château. Pendant plusieurs semaines, ma vie n'eut plus rien d'une vie humaine. J'errais dans la forêt en direction du port où je pourrais embarquer pour quitter ces terres glacées. Je chassais n'importe quel animal que je croisais, pour assouvir mon incroyable soif de sang. Je me haïssais, j'avais honte de moi ! Et puis, avec le temps, tout s'estompa. Il ne me resta que la quête que j'avais commencé pour retrouver mon oncle. Je portais ma nouvelle nature comme un fardeau mais je tâchais de ne pas y penser. Les sentiments glissaient sur la carapace de haine et d'indifférence que je m'étais forgé.
Au bout de trois mois, je commençais à maîtriser les nouveaux pouvoirs que la vie de vampire m'avait donnés : je pouvais être loup, chauve-souris ou brume, mes plaies guérissaient en quelques minutes, pénétrer les esprits était d'une facilité déconcertante. J'avais aussi gagné en puissance et en agilité. Je n'avais qu'un gros défaut : mon mépris de moi-même.
Donc, au bout d'une demi année, je débarquai dans le Royaume. Je n'avais nulle part où aller, si ce n'était où la traque de mon oncle me conduirait. Au début, je me cachais. Partout, la tête de vampires était mise à prix. Mais mon état attira bientôt d'autres créatures de cette race maudite. Sans le moindre état d'âme, je les tuais. Tous les vampires qui me croisaient mourraient, et j'apportais leur tête au connétable la nuit tombée. A chaque fois, j'empochais une prime rondelette. Je n'étais pas des leurs à mon goût.
Bientôt, alors que j'errais dans la capitale, je fus attrapé par une bande de bandits. Ils m'avaient vu tuer un vampire, et ils s'étaient rués sur moi pour prendre la tête et s'accaparer la prime. Je me suis battu comme un beau diable, mais dans un accès de rage, j'en mordis un. Ils m'attrapèrent pour de bon, et quand je repris conscience, j'étais attaché la tête en bas dans une cour qui serait, dans quelques heures, baignée de soleil. Je me débattis comme je le pus, mais les liens étaient serrés. Je parvins à fuir en devenant brume, mais je crus bien terminer ma vie sous cette forme ingrate. Vous ne pouvez pas savoir comme maintenir le contact avec toutes ses molécules est difficile ! Je me suis promis de ne plus recommencer.
Quelques nuits plus tard, j'eus l'occasion de rencontrer de nouveau les bandits. Pas les mêmes. En réalité, ils n'étaient que deux, qui se battaient contre dix soldats du connétable. J'eus la tentation de passer mon chemin, mais l'appel du sang fut le plus fort. Je leur tombai dessus, le sabre au clair, et au bout d'un combat acharné, nous finimes par tuer les soldats. Cette fois-ci, les voleurs furent plus accueillants. Ils me posèrent un bandeau sur les yeux et me conduisirent dans les égoûts. Je me rendis compte que, dans ce dédale immonde, il n'y avait pas que la vermine qui grouillait. Les voleurs, les assassins, les bannis de tout poil vivaient là en tout secret. Je trouvais l'idée astucieuse, et je décidai de me joindre à eux pour un moment. J'avais l'esprit de rébellion, et puis je serais à l'abri de la lumière du jour ! Mes compagnons m'appelèrent Sig La Lune, car je ne sortais que la nuit, et Siegfrid était mon nom d'emprunt.
J'ai vécu dans cette Cour des Miracles pendant cinq ans. Ce n'était rien pour moi, et je savais qu'il en était de même pour mon oncle. Les bandits me rossaient à l'envi, et je me pris à leur jeu. Comme Seigneur, j'avais appris le maniement de l'épée. Auprès de ces parias, j'appris la lutte à mains nues. Je n'étais pas le meilleur, mais je me forgeai ainsi une musculature à toute épreuve.
Et puis, quand ces cinq années se furent écoulées, quand j'estimais avoir un pécule assez important - bien qu'il fallait partager avec tous -, quand je pensais être paré pour toutes sortes de combats, je quittai les égoûts. Et j'ai voyagé. Dans les villes du Royaume, puis dans les autres pays. J'ai élargi mes connaissances en découvrant, en lisant. J'approfondissais les sciences et les langues, mais aussi et surtout, tous les types de magie. Une femme, mi elfe, mi humaine, essaya même de m'introniser à la magie elfique et à la magie des sorcières. Je dois avouer que j'échouai lamentablement. J'arrivais seulement à discerner le futur dans les pierres divinatoires, et encore mes prophéties étaient toujours incertaines.
A l'âge où j'aurais dû avoir des cheveux gris et une canne pour marcher, j'arrivai à la ville de Samarkand, à la frontière du pays des sorcières. Dans le cimetière abandonné où j'avais élu domicile, quelque chose attira mon attention. Un endroit, dans une crypte abandonnée, où l'air semblait...vaciller. Toutes les couleurs s'y mêlaient... Je m'approchai...et j'arrivai alors à Samroun, par la Porte des Mondes.
Voilà quelle fut mon histoire. Depuis le jour maudit de ma dix-septième année, je traque toujours mon oncle Ivan, Prince Ténèbres. Je sais qu'il a passé la porte. Et je le tuerai.
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Résumé des aventures à Samroun :
Vlaad a découvert par mégarde - et grâce à Aarwen - la caverne et les étoiles. Il a d'ailleurs appris, bon gré, mal gré, qu'il est l'une d'entre elles : sa pierre associée est le rouge. Le voilà enrôlé dans un camp. Il combat donc Séphirot aux côtés des étoiles - et s'est trouvé un faible grandissant (voire un amour fou...) pour l'elfe Suka Wakan.
Il a entraperçu son oncle aux côtés de Séphirot - ce dernier lui a donné un pentacle que Vlaad ne peut retirer et dont l'utilisation reste mystérieuse. |
_________________ Peu importe le jugement que vous me portez, je suivrai ma route.
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